Vous vous souvenez de Pablo? Pablo face de gouttière, Pablo le pas Français, Pablo le prognathe pour qui l'école était devenue un enfer bien avant l'heure.
On ne peut pas oublier Pablo comme on ne peut pas oublier le petit gros à lunette du primaire...Surtout quand ce gamin en question c'est vous.
Pablo se traîna jusqu'au bac, jamais brillant, passant à la classe supérieure avec autant d'aisance qu'un paraplégique le col du Mont Ventoux. Mais sa mère, femme croyante et sans diplôme lui avait dit:"Passe ton bac avant tout. Peut-être que ta vie pourra commencer après. Tu n'es pas croyant alors passe ton bac, ce sera une sorte de salut." Pablo, qui détestait cette femme depuis l'horrible jour ou elle avait tenter de le consoler, obéit, comprenant que c'était la seule manière qu'elle le laissa tranquille. A 18 ans il obtint un bac dont il ne savait pas quoi faire. Il pensa d'abord à s'enfoncer dans la forêt qui bordait la maison familiale mais, les bruits qui en provenaient chaque nuit depuis son enfance l'en dissuada. De plus étant prognathe, il ne pourrait pas mordre pour se défendre. Sachant depuis longtemps qu'il appartenait au troupeau des faibles, il lui fallait trouver un endroit sécurisant ou les autres lui foutent la paix.
Pablo fut embaucher comme gardien sur un îlot de cailloux entre la presqu'île de Quiberon et l'île d'Houat. Le phare de la Teignousse, sans grand intérêt architectural, devint sa forteresse. Au début il fut responsable de plusieurs erreurs et d'une poignée de catastrophes mortelles. Néanmoins, il ne fut jamais renvoyé car, de tempérament docile, il ne prenait jamais de congé. Pour les patrons ce genre de détails comptent beaucoup. Au bout de quinze ans, sans vraiment s'en apercevoir l'argent s'était accumulé. Pas des milliards mais assez pour se payer une grosse folie. Il quitta son phare de la Teignousse pour l'inde, pays soi-disant fabuleux dont la télé lui avait loué les mérites.
Là-bas, il connu enfin son heure de gloire. "Hanuman ! Hanuman !" des êtres au regard enfiévré se prosternaient sur son passage. Nullement intimidé, il acceptait les offrandes du peuple. "Hanuman! Hanuman!", une ou deux fois il avait voulu rectifier en disant que non, qu'il s'appelait Pablo, mais pourquoi décevoir ses hôtes. Il vécu dans un temple joliment sculpté, avec nourriture et femmes à volonté. Que demander de plus ?
Il finit vraiment par se prendre pour cet Hanuman, dieu prognathe à tête de singe, symbole des causes justes. Les Hindous le croyaient redescendu de l'Hymalaya après une retraite plusieurs fois millénaire.
Mais les hommes se fatiguent de leurs dieux, la roue tourne et les révolutions éclatent. Une nuit, le peuple pénétra dans sa demeure sacrée et l'égorgèrent comme on le fait d'un poulet.
Juin 10
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