Les vignes sont bien alignées et le soleil bien à la verticale. Moi, je suis un blanc bien blanc, un peu étudiant et pas du tout manuel. En retard, très en retard, tout au fond de ma rangée alors que mes co-vendangeurs terminent la leur. Les maghrébins ce sont de vrais pros. Ils travaillent vite et méthodiquement. Une femme, la plus vielle de toutes, chante tandis que les hommes de sa famille reprennent en cœur certaines phrases. Le chant mélancolique, débordant sans doute d'histoires millénaires, insuffle au groupe un rythme que je suis incapable de tenir. La vielle, je l'ai observé, soulève rapidement le sarment, choppe le raisin d'un geste sec, puis le coupe sans hésiter pour le déposer aux creux ses jupes alors que l'autre main tâte déjà la prochaine grappe.
J'ai fermé les yeux. Moi, je suis un blanc, bien blanc dont le dos ne répond plus. Moi, le chant m'amollis plutôt qu'autre chose. Il m'apaise pour me transporter loin.
On me tape sur l'épaule...C'est la vielle, surement venue m'aider à achever ma rangée. Les traits de son visage me font penser qu'elle en a chier toute sa vie. Son sourire est tendre. Accroupie dans ses fripes noires superposées, elle guide ma main le long du rameau de vigne et m'apprends son geste. Au bout de quelques minutes, ma maladresse têtue lui fait échapper un rire si beau que je ne peux rien faire d'autre que de m’esclaffer avec elle.
Juin10
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