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jeudi 1 juillet 2010

L’intrus


Les garçons du village sont courageux. Souvent ils partent tôt, sachant que l’après-midi sera écrasante de chaleur et que,  proches de leurs parents ils sont bons pour la sieste obligatoire. La joyeuse bande remonte la rivière sur plusieurs kilomètres afin de passer les heures les plus chaudes sous l’immense saule pleureur qui cache un trou d’eau froide. C’est le seul endroit, du haut de leurs 10 ans, ou ils n’ont pas pied. Deux rochers servent de plongeoir aux plus expérimentés. Les collines environnantes ne sont qu’un amas de cailloux salis de poussières alors que leur coin, entre l'eau,  les mousses et  le feuillage, renferme tout les verts imaginables.
Ils ont vaguement entendu parler de Marco Polo. Tout comme lui ils sont partis à l’aventure et, tout comme lui, ils ont trouvé une terre lointaine. Ce bout de nature, ce bras de rivière ombragé c’est le leur…Souvenez vous, on est comme ça à dix ans.
Arrive un intrus. Les garçons le connaissent. Tout le monde se moque gentiment de lui au village. C’est un homme d’une soixantaine d’années, pas très futé, voir carrément débile. Il vit toujours chez sa mère, une femme très très vielle. Il installe son matériel de pêche un peu à l’écart et enfonce sa chaise pliante dans le gravier, au milieu de la rivière, là ou elle reprend son cour maigrichon.
Les garçons sont perplexes. D’abord ils lui lancent des cailloux en poussant des cris de singes mais le pécheur continu de leur sourire tranquillement. Vexés, ils passent le reste de l’après-midi à bouder.
Le lendemain le benêt est encore là. Ne voulant pas gâcher le reste des vacances, les enfants décident de partager leur rivière avec l'intrus.
Au bout d’une semaine ou se sont succédés coups d'œil méfiants et indifférence, l’homme demande à la troupe d’approcher. Ils traversent leur trou de fraicheur et marchent difficilement sur les galets  à peine recouverts d’eau pour se planter devant lui. Contre un peu d’argent le pêcheur leur propose de regarder son sexe.
L’été changea du tout au tout. Chaque jour les garçons du village répondent présent à cet étrange rendez-vous. En file indienne, contre quelques centimes, ils attendent sagement. Tour à tour ils se penchent quelques secondes au dessus du short dont le propriétaire écarte l’élastique.
Ensuite, les enfants rentrent au village. Ils se ruent chez le buraliste pour s’acheter du tubble gum  au gout tutti frutti, des soucoupes acides, du zan, des roudoudous et surtout ces fantastiques sachets rouges remplis de granules qui, après avoir claqué dans la bouche, se métamorphosent en chewing gum. 

Juin 10

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