Il n’y a rien de plus rassurant que de mettre le peuple dans des cases. C’est ce que le gouvernement fait et, ma fois, il le fait assez bien. Les pauvres sont parqués dans des barres d’immeubles juste de l’autre coté du périph ou beaucoup plus loin. Les riches dans des lofts rutilants dans des centres-villes réhabilités et les classes moyennes cloîtrées dans des résidences sécurisées, entre les deux, pour faire tampon. Il y a des sous-catégories bien sûr, surtout chez les pauvres. On prend bien soin de ne pas mélanger les noirs avec les arabes et les arabes avec les gitans. C’est comme ça chez nous. Il est peu probable qu’un pied noir ait comme voisin un Serbe ou pire un immigré Algérien. Le même immigré qui n’aura jamais à croiser dans la cage d’escalier un cousin Harki. L’étudiant restera bien tranquille dans sa cité universitaire sans jamais devoir aller demander du feu à un grand-père en maison de retraite. C’est comme ça chez nous. Le peuple est souvent consentant et le gouvernement ravi car si ça ne marchait pas,il se pourrait bien, qu’après s’être regardé en chiens de faïence, tout se petit monde sympathise et s’unisse.
Il n’y a rien de plus rassurant que les gens qui restent chez eux et surtout entre eux. D’ailleurs depuis quelque temps est apparut l’habitat gay. Le principe est simple. Il suffit de regrouper les individus qui ont les mêmes préoccupations, les mêmes loisirs et la même sexualité. Ainsi, en face de chez moi, un vieil immeuble de charme, c’est transformé en bunker à pédés. Les homosexuels ont tout de suite craqué pour ces vastes pièces inondés de lumières, ces cheminées en marbre de Carrare qui sent encore bon les Alpes et surtout ces salles de bains ultra modernes, gardant quand même le bidet de style Art Nouveau d’origine. Quand je dis homosexuels… Vous avez bien compris que je parle de couples à deux revenus et sans enfant qui travaillent soit dans la finance, soit dans les métiers du luxe. Les autres…Les autres, ma foi, ils peuvent bien rentré dans d’autres cases et se faire casser la gueule si ils se tiennent la main en public.
Un jour, dans ce fameux immeuble, l’ascenseur tomba en panne. La copropriété se donna rendez-vous dans un bar à la mode où l’on sert les meilleurs mojitos de la ville, pour en discuter. L’affaire fut vite réglée. On ne le réparerait pas. Les charges annuelles dues au fonctionnement de la machine étaient exorbitantes et, après avoir fait le calcul, équivalaient à une semaine de vacances en haute saison à Ibiza. De plus, monter les escaliers renforce les fessiers ce qui est non négligeable.
Seul le petit vieux du dernier, celui qui avait milité au Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire au début des années soixante-dix, protesta. Comment ferait-il, lui dont les jambes molles se dérobaient, pour grimper jusqu'à chez lui ? Les autres propriétaires, se voyant déjà les fesses galbées dans de jolis maillots de bain sur des plages de sable fin, lui firent remarquer qu’il ne sortait déjà plus beaucoup et qu’il était le seul à voter contre. Pour se donner bonne conscience les jeunes gays lui promirent de lui monter, tous les trois jours, des provisions.
Tout le monde rentra chez soi.
Évidament les habitants de l’immeuble ne tirent pas parole. Qui pourrait se souvenir de ce qui l’a promis entre deux mojitos ? Le vieux du FHAR resta seul, sans rien à se mettre sous la dent. Quand il criait à l’aide la seule réaction de ses voisins était d’augmenter le volume des chaises stéréo. La cage d’escalier débordait alors d’un joyeux mélange de techno et de refrains de Gigi l’amoroso.
Le vieux mourut.
Les homosexuels sont des monstres égocentriques. Ils rejettent leurs ainés et baisent sans capote avec les jeunes arrivés.
Juin10
1 commentaire:
Je ne disserterai pas sur ta conclusion mais pour le reste, c'est un régal.
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