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samedi 10 juillet 2010

La fille aux boulets.


Elle est arrivée en France après un long périple. Suite à son passage en centre d'accueil elle obtint un titre de séjour provisoire. Comme elle était belle, très intelligente et savait bien parler la langue du pays qui lui offrait l'hospitalité, elle voulu raconter son histoire. Personne ne l'écouta. Tous eurent peur quand elle s'approchait  avec ses deux petits boulets blottis dans les bras.
Maral, toute jeune femme, c'était retrouvée au milieu d'un conflit sanglant qui forcément la dépassait. Son pays devint le nœud d'une guerre interminable: le nord contre le sud, le pétrole contre un accès à la mer, les fanatiques religieux contre les démocrates... Un sale jour, pareil à tous les autres sales jours qu'elle avait connus jusque là, elle se fit enlever par une quinzaine d'hommes cagoulés  et armés. Ses ravisseurs l'enfermèrent dans une cave dont le sol ressemblait à une éponge gorgée de sang et de terre. Chaque soir, pendant un an, poussant des cris terribles ils la violèrent. Son corps d'origami se pliait et se déchirait jusqu'à ce qu'elle perde connaissance. Plus qu'une ville en ruine, plus que de bruler les terres cultivables ou d’empoisonner l'eau des fleuves, le ventre souillé des femmes ennemies, leur viol répété est une arme de guerre redoutable et irréversible. 
Le calvaire de Maral s'acheva aussi brusquement qu'il avait commencé. Elle fut rejeter à la rue ou elle tenta de mener une vie normale. Mais très vite son vagin s'ouvrit très grand. Il en sortit bien évidement quelques enfants mais aussi deux petits rochers aussi noirs que visqueux.  Commençant à comprendre la marche du monde elle tua les bébés d'hommes sans aucun regret et parti tout droit avec les morceaux de pierre blottis dans ses bras. Elle marcha longtemps, traversant les frontières sans être embêté. Les douaniers restaient pétrifiés par tant de détermination et par l'horreur de ces deux choses lourdes, dégoutantes comme extraites des enfers que la jeune femme gardait collé contre elle. Parfois, Maral les brandissaient bien haut au dessus de sa tête pour montrer au monde que la guerre était une chose horrible. Les gens détournaient le regard puis courraient vers le premier vendeur de glaces pour s’empiffrer de sorbets aux couleurs criardes.
Elle pensait qu'en France, pays dont elle avait toujours rêvé, elle serait plus écoutée. Ce ne fut pas le cas. Les hommes et les femmes qu'elle rencontrait lui demandaient de se débarrasser de ces deux infects boulets habillés de deuil. Ils tentèrent de lui faire comprendre que ce n'était pas pratique pour l'intégration avec un i majuscule. Ah, l'Intégration!  Maral n'eut pas le temps d'en savoir plus sur cette notion pas mal à la mode en France puisque son permis de séjour ne fut pas renouvelé. La Préfecture la jeta dans un avion pour qu'elle retourna d'où elle venait. Là-bas, elle tomba nez à nez avec ses anciens ravisseurs qui, trouvant cela marrant,  lui éclatèrent la tête avec les deux rochers anthracites qu'elle n’avait cessé de  porter.
Juin10 

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