Il est arrivé à l'aéroport international de Rabat-Salé par un vol de la Royal Air Maroc. Un baille qu'il n'avait pas prit l'avion ! Un baille aussi qu'il n'était plus venu ici. Repartit en France en 1960 soit une poignée d'années après l'indépendance il garda, pour ce pays, un amour infini. Il en parlait souvent, beaucoup plus souvent que le Guatemala ou il séjourna plus tard.
Instituteur français, il céda un jour sa place à un homologue marocain. Il avait toujours su que ce pays n'était pas le sien et qu'un jour on lui demanderait de partir. Il n'était jamais revenu, surtout par pudeur, surtout parce que sa vie, extrêmement bien rempli, ne lui en avait pas donné l'occasion. Souvent dans sa maison du sud de la France, pour impressionner ses petits enfants, il revêtait une djellaba et se couvrait d'un cheich. Peau mate, cheveux noirs mêlés de sel, allure majestueuse : il ressemblait traits pour traits à un marocain.
Maintenant, à plus de 8O ans, il est de retour. A l'angle des rues d’Amman et de Yougoslavie, face à une entrée de la médina, il loge chez sa fille venue travailler quelques temps à Rabat.
Ce matin il a traversé les vielles rues croulantes d'échoppes pour se rendre à la Kasbah des Oudaïas. Là-bas, il regarde à ses pieds le Bouregreg , fleuve fainéant en cette saison . Il est heureux, la ville est toujours un mélange de quiétudes, de bruits et de lumières.
En fin d’après-midi, après les grosses chaleurs, il quitte l’appartement pour parcourir les quelques mètres qui le sépare du jardin Nouzhat Hassan. Assis sur un banc, les deux mains refermées sur le pommeau de sa canne, il rêvasse.
Arrive un homme, un vieux comme lui, dans une djellaba bleu pâle. Ils se mettent vite à parler. De plus en plus comme si ils se connaissaient de longue date. Il faut absolument rattraper le temps perdu ! Rabat prend des allures de village lorsque les souvenirs et autres anecdotes refont surface.
Au bout d’un moment ils décident de bouger. Lentement, ils prennent les rues qui mènent à la Tour Hassan. Dans le ciel, le ballet des hirondelles annonce le soir. Arrivés sur l’esplanade où trône l’imposant minaret, les deux vieux regardent le soleil, leur soleil, disparaitre pour plonger dans l’océan.
Pépé, elle est pour toi celle-là.
Juin 10
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